Le numérique représente 4,4 % de l’empreinte carbone de la France, soit 29,5 millions de tonnes d’équivalent CO₂ par an, un peu moins que les poids lourds. Ce chiffre, issu de l’étude de l’ADEME et de l’Arcep mise à jour en janvier 2025 sur des données de 2022, sert de référence au débat public. Le 21 mai 2026, l’Arcep, régulateur des télécommunications, a publié la cinquième édition de son enquête annuelle « Pour un numérique soutenable » et un rapport consacré aux effets environnementaux de l’intelligence artificielle générative. Pris ensemble, ces travaux montrent un déplacement du centre de gravité, des écrans vers les centres de données, et un angle mort : l’IA.
I. Deux chiffres à ne pas confondre
L’étude de 2022, fondée sur des données de 2020, évaluait le poids du numérique à 2,5 % de l’empreinte carbone nationale. Il serait tentant d’y lire une hausse spectaculaire en deux ans. Ce serait une erreur : la méthode a changé. La nouvelle évaluation intègre les centres de données situés à l’étranger qui servent des usages français, soit environ 53 % de ces usages selon l’étude. Les deux chiffres mesurent donc des périmètres différents et ne forment pas une série.
Le même travail chiffre la consommation électrique du numérique à 51,5 TWh, soit 11,3 % de la consommation française, et à 64,9 TWh, soit 14,3 %, en comptant l’électricité consommée hors de France pour les usages français. L’empreinte carbone est une mesure de consommation : elle impute aux Français les émissions liées aux biens et services qu’ils utilisent, où qu’elles aient lieu.
II. Les terminaux restent le premier poste, la fabrication domine
Selon l’étude de 2025, les terminaux, c’est-à-dire smartphones, ordinateurs, télévisions et objets connectés, pèsent 50 % de l’empreinte carbone du numérique, les centres de données 46 % et les réseaux 4 %. Sur l’ensemble du cycle de vie, la fabrication des équipements compte pour 60 % des émissions, leur utilisation pour 40 %.
Cette répartition a une conséquence directe : l’essentiel des émissions est déjà réalisé au moment où un appareil est acheté, souvent hors d’Europe. Le principal levier reste donc de fabriquer moins d’équipements, en prolongeant leur durée d’usage, plutôt que d’optimiser leur consommation électrique, faible en France grâce à une électricité peu carbonée.
L’empreinte carbone n’est d’ailleurs qu’un indicateur parmi d’autres. Les études de l’ADEME et de l’Arcep évaluent aussi l’épuisement des ressources minérales et métalliques, pour lequel le poids des terminaux est encore plus marqué, puisque leur fabrication mobilise des métaux rares extraits et raffinés hors d’Europe. Réduire le nombre d’écrans par foyer pèse donc davantage que l’optimisation de leur usage.

III. Les centres de données, poste qui progresse le plus vite
L’enquête de l’Arcep apporte des données mesurées, et non modélisées, sur un panel de 23 opérateurs de centres de données en France, soit environ 160 sites et la moitié du marché de la colocation, qui consiste à louer de l’espace et de l’énergie à des clients installant leurs propres serveurs. Leur consommation a atteint 2,7 TWh en 2024, en hausse de 12 % sur un an et de 38 % en trois ans. Les émissions liées à leur électricité ont progressé de 27 % en un an.
La série permet de suivre une trajectoire, ce que les études ponctuelles ne font pas : la consommation du même panel est passée de 2,0 TWh en 2021 à 2,2 TWh en 2022, 2,4 TWh en 2023 puis 2,7 TWh en 2024. Les acteurs interrogés par l’Arcep, opérateurs de télécommunications compris, déclarent au total 1,023 million de tonnes d’équivalent CO₂ d’émissions, dont 778 000 tonnes liées à leur consommation d’électricité.
Les nouveaux centres affichent une puissance moyenne de 20 mégawatts. L’Île-de-France concentre 56 % des sites et plus de 70 % de la puissance. Leur indicateur d’efficacité énergétique, le PUE, qui rapporte l’énergie totale du site à celle consommée par les seuls serveurs, s’établit en moyenne à 1,42 : pour 1 kilowattheure utile au calcul, 0,42 part dans le refroidissement et les équipements annexes. L’enquête recense aussi 575 000 mètres cubes d’eau prélevés directement, et environ 6,5 millions en incluant l’eau nécessaire à la production de l’électricité consommée.
À l’inverse, la consommation des réseaux fixes et mobiles reste stable, à 4,1 TWh, et celle des box et décodeurs atteint 3,4 TWh. Le poste qui croît n’est donc pas celui qui pèse le plus aujourd’hui, mais celui que l’essor de l’IA va accélérer, comme le montre notre dossier sur les centres de données et le réseau électrique.
IV. L’IA générative, angle mort des projections
Les projections publiées en 2023 par l’ADEME et l’Arcep anticipaient, sans action correctrice, une hausse de 45 % de l’empreinte du numérique d’ici 2030 et un triplement d’ici 2050. Elles ne tenaient pas compte de l’IA générative, alors naissante. Or 48 % des Français l’ont utilisée en 2025, selon l’Arcep.
Le rapport publié en mai par le régulateur insiste sur le fait que cette technologie a une réalité matérielle. Il formule neuf recommandations à l’échelle européenne : mesurer les impacts selon une méthode commune, appliquer l’écoconception aux modèles et aux services, imposer la transparence aux fabricants de puces comme aux fournisseurs de modèles, et choisir l’implantation des centres de données en concertation avec les territoires. Le régulateur n’a pas de pouvoir contraignant en la matière : il s’agit de propositions adressées au législateur européen, alors que se négocie le futur règlement sur le développement du cloud et de l’IA.
Une limite demeure : les grands fournisseurs de services en nuage, qui exploitent les plus gros centres, ne figuraient pas dans le panel. Ils y entreront à partir de la prochaine édition, en vertu d’une décision du 16 décembre 2025.
V. Ce qu’il faut surveiller
- La sixième édition de l’enquête de l’Arcep, au printemps 2027, la première à inclure les fournisseurs de cloud.
- Les négociations au Parlement européen sur le Cloud and AI Development Act, qui vise à tripler la capacité européenne de centres de données en cinq à sept ans.
- Une éventuelle actualisation de l’étude ADEME-Arcep intégrant l’IA générative, sans laquelle les projections pour 2030 restent incomplètes.
Sources
- Arcep, communiqué du 21 mai 2026
- Arcep, enquête annuelle « Pour un numérique soutenable », édition 2026
- Arcep, rapport « IA générative : quels défis environnementaux ? »
- ADEME et Arcep, évaluation de l’impact environnemental du numérique en France (mise à jour 2025)
- ADEME et Arcep, projections 2030 et 2050
- Commission européenne, Cloud and AI Development Act
Cet article a été préparé avec l’assistance d’une intelligence artificielle, à partir des sources citées.
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